Rohr, la simplicité d'abord

 

Extrait Sud Ouest

 

 

Dans le monde des entraîneurs de football, Gernot Rohr, le patron de l'OGC Nice, détonne un peu par sa politesse, son calme perpétuel et la pertinence de ses propos. L'homme affiche beaucoup de considération pour tous les gens à qui il s'adresse. Simplicité semble être chez lui le maître-mot. Simplicité des rapports avec les joueurs et les gens de la presse. Simplicité dans la gestion de son équipe. Simplicité dans le fonctionnement au quotidien.

Cette qualité semble être innée chez cet entraîneur toujours à l'écoute des autres. « Je tiens à gérer mon équipe avec simplicité et plaisir », explique-t-il. « Les années passent trop vite. Il ne me paraît pas impossible de combiner travail et plaisir, rigueur et joie de vivre. J'essaie simplement de travailler avec mes hommes comme j'aimerais que l'on travaille avec moi. J'ai eu de bons entraîneurs, dont Aimé Jacquet. J'essaie de m'inspirer de leurs bonnes idées. »

Chez les Aiglons, pas d'autoritarisme, juste une façon saine et claire de concevoir les choses. Le coach allemand n'est pas du genre à confisquer les Playstations le soir à l'hôtel, comme peut le faire un Halilhodzic. « J'ai eu des joueurs venant de Rennes, Echouafni, Grenet, Meslin, qui m'ont raconté. Moi, je leur demande d'éteindre leur appareil à une certaine heure. Ils le font. Les gars me paraissent épanouis et ne "cherchent pas de taupe". J'ai beaucoup de souplesse mais cela n'exclut pas la rigueur. Les joueurs adhèrent. »

Ils y adhèrent d'autant plus qu'ils sont généralement des hommes en quête de revanche, heureux de retrouver du crédit sur la Côte d'Azur, après avoir connu d'improbables galères. C'est l'une des spécialités de Gernot Rohr : recycler des joueurs dont on ne veut plus ailleurs, comme Grenet, Gavagnon ou Abardonado. « Je procède ainsi, à cause de nos moyens financiers limités. Nos joueurs ne seraient pas titulaires ailleurs. Chez nous, ils le sont. Ils sont même capitaine (Cobos, NDLR) et ça marche. Un joueur à qui on fait confiance a envie de rendre ce qu'on lui donne. C'est plus facile de s'épanouir dans ces conditions-là. »

Jamais de huis clos. Le budget limité explique aussi quelques particularité du fonctionnement azuréen. Il n'y a par exemple jamais de huis clos. « Nous partageons notre terrain d'entraînement avec des scolaires », explique notre homme qui ne croit pas que les secrets de cachottier puissent changer le score d'un match. L'équipe voyage sur des avions de ligne parce que « cela coûte entre deux et trois fois moins cher qu'un avion privé ». Enfin, les stages ont souvent lieu au Cap Ferret, dans un cadre plus convivial mais moins huppé que les hôtels thalasso.

Le changement est radical pour les joueurs qui acceptent ce nouveau standing sans sourciller. « Nous ne devons pas oublier que le club a failli disparaître », estime Rohr. « Dans une ville comme Nice, l'environnement incite à être philosophe. On peut facilement se passer de tout ce qui n'est pas indispensable. » De la même manière, les joueurs se trouvent toujours disponibles pour la presse. « Personne chez nous ne cherche à se prendre pour ce qu'il n'est pas. Le monde du football forme une grande famille, avec les joueurs, les éducateurs et tous ceux qui travaillent dans le football. Il me paraît normal et respectable de faciliter le travail des media. » Gernot Rohr autorisa même les caméras de Canal + à entrer dans les vestiaires lors du match contre Paris. « Sans Canal, les clubs seraient en faillite. On peut dire oui de temps en temps »

Enfin, sur le plan du football, Gernot Rohr se plaît à prôner l'offensive, ce qui peut paraître étonnant pour quelqu'un qui fut l'un des arrières les plus teigneux du championnat de France. « On m'a confiné à des rôles de chien de garde. J'en ai beaucoup souffert car j'étais attaquant à mes débuts. J'aime les matches à buts. Cela correspond plus à mon tempérament que le catenacio. D'ailleurs, dans mes équipes, je mets toujours plus d'attaquants que de défenseurs. Le problème c'est que mes latéraux ne vont pas très vite ! Mais ce n'est pas grave, ils compensent par leur enthousiasme. Ils se battent avec un coeur énorme. »